Cessons de gémir sur l'emploi. Évitons de nous disculper en disant que nous avons tout essayé pour résorber le chômage. Reconnaissons que nous nous sommes trompés en voulant tout régenter et tout faire en même temps.

Libéraux et dirigistes du pays de Rabelais doivent cesser leurs guerres picrocholines. Pour être efficace chaque action de la vie politique et économique doit venir en son temps et ne peut résulter que d'un ensemble d'initiatives individuelles collectivement encadrées.

 

Cela peut paraître une évidence mais les produits et services qui seront échangés dans dix ans ne sortiront pas du néant par génération spontanée. Ils auront une longue histoire. En déroulant la chaîne à l'envers, il aura fallu, les vendre, les produire, approvisionner leurs composants et matières premières, les concevoir, recruter et former les personnels qui auront contribué à leur production et aussi les opérateurs humains qui les mettront en œuvre.

 

Si le produit est complexe et nouveau, il aura nécessité des recherches, des études, des essais, des mises au point, et de l'ordre de cinq ans pour franchir toutes ces étapes.

Il faut cinq ans pour former un ingénieur dans les sciences et technique de base et ajouter encore un délai pour l'acquisition des savoir-faire spécifiques au produit. Il en faut presque autant pour former un bon technicien.

Que ce soit dans l'industrie, dans l'agriculture ou dans la culture, la création et la production s'accommodent mal des aléas techniques, des exigences des financiers, des tergiversations du management des entreprises, de l'instabilité du personnel, des palinodies fiscales de l'état, des caprices des clients.

Aussi est-il dérisoire de réclamer des emplois sur l'air des lampions. Et il est abusif de harceler les producteurs à seules fins de servir ces Molochs insatiables que sont les financiers, les consommateurs, les syndicats représentant le personnel ou les agents du fisc qui sont les bras séculiers des politiciens.

Alain (1868-1951) distinguait l'esprit prolétaire qui agit sur les choses et l'esprit bourgeois qui agit sur les hommes :« Assurément ce n'est pas par des regards impérieux que l'on peut fermer un robinet ou faire marcher une montre. »

Certes tout est devenu plus compliqué depuis l'avènement des robots. Mais rien ne peut égaler la confusion des esprits, ni le déchaînement de l'esprit retors de ces diables d'hommes politiques qui veulent agir sur les choses par l'intermédiaire des hommes.

Le salut passe par une meilleure connaissance et un plus grand respect et des choses et des hommes. Si j'étais « quelque chose » dans notre système politique et économique en errance, je commencerais par appeler les bons esprits à prendre le problème de l'emploi « par le gros bout »qui est celui de la démographie. Je destituerais in petto tous ces « petits-boutiens » du laisser aller qui croient que la France et l'Europe puissent absorber et sauver tous les exclus d'un monde en folie.

On ne saurait importer des malheureux sans importer les causes de leurs querelles qui sont les causes de leurs malheurs.

L'esprit de responsabilité commande d'épargner à nos populations les conséquences de la pratique généralisée de toutes les épurations, ethniques, sociales, linguistiques, religieuses, culturelles et politiques que l'intolérance humaine a inventées.

Nous vivons en un pays qui ignore le juste milieu . Les citoyens silencieux ne se sentent concernés par rien. Ils oscillent entre les avis des licencieux inconditionnels du laissé aller et les partisans suspicieux qui prônent l'étanchéité des frontières.

Force est de constater que nous vivons en un monde où les hommes sont animés par la volonté de fuir le malheur ou sont saisis par la frénésie d'aller chercher ailleurs le bonheur que nul dirigeant ne sait leur procurer. Le bon sens voudrait que l'on cesse de multiplier et de compliquer les problèmes vitaux que la politique ne sait résoudre.

Qui peut nier que la démographie commande l'emploi, la sécurité, la formation, la culture, les modes de vie, le pacte social ?

Qui saura éradiquer la niaiserie politique et les errances de notre démographie ?

Pierre Auguste

Le 2018