Nul ne peut prévoir l'avenir. Et pourtant, pour qui sait regarder, l'avenir est déjà là.

Les grands problèmes sont écrits dans dans la démographie.

La pyramide des âges va certes évoluer mais elle est là pour longtemps et on y voit déjà demain. C'est notre vivier, avec sa base, son mitan, son sommet.

À la base sont les jeunes à élever, à préparer à la vie, à instruire, à habituer au travail. Force est de constater que nous ne savons plus très bien quelle est la finalité de ces tâches, ni comment les mener à bien.

Au sommet survivent les « vieux » qu'il faut nourrir, loger, soigner accompagner.

 

Sans lésiner sur les chiffres, tout cela fait cinq décennies à porter, à bras d'hommes et de femmes, par cinq autres décennies médianes numériquement équivalentes. Et qui sans se l'avouer, rêvent de ne pas porter toute la charge humaine.

Il faudra bien pourtant que « quelqu'un s'y colle ».

Sans vouloir se risquer dans une psychanalyse collective, on peut déceler dans la société un état d'esprit dominé par les canons du bon chic, du bon goût, du bon genre, du bien-vivre.

Les apports des populations immigrées sont d'une grande diversité par leurs provenances, leurs acquis culturels, leur langue, leurs moyens d'existence, leurs compétences, leurs capacités d'adaptation.

Leur accueil sans préparation, tant au niveau des « greffons » qu'au niveau des territoires receveurs, crée des difficultés matérielles bien réelles et aussi des rejets qui appellent des prestations spécifiques destinées aux individus et aux familles plus ou moins bien réparties, accueillies, et souvent réticentes.

Pour être provocateur on pourrait dire que cela se manifeste à la fois dans l'enseignement qui contribue à l'édification initiale des êtres humains, que dans la médecine et l'aide à la personne qui, en quelque sorte, en assurent la « maintenance ».

La médecine s'accommode mieux de cette diversité mais est quelque peu dépassée par la vague de la vieillesse qu'elle a elle même engendrée et qui déjà déferle. Mais la chirurgie ambulatoire n'est guère compatible avec la marche solitaire avec déambulateur.

Quoi qu'il en soit, tout prestataire des services indispensables préfère ne pas avoir de chef, aspire à être le chef de quelque chose, veut ne pas avoir trop de travail, espère maîtriser son emploi du temps, rêve d'être bien payé, exige un travail intéressant dans un cadre agréable.

C'est à la fois la quadrature du cercle et le cercle vicieux de la nomenclature.

Tout le monde veut des enfants, mais sans la contrainte des marmots.

Tout le monde veut pour les siens un enseignement de qualité. Mais la perspective de vouer une vie entière à la répétition détourne de très bons candidats de la fonction enseignante. On pressent la tendance des gens instruits à ne plus vouloir affronter les réticences du petit monde obscurantiste des enseignés engagés en résistance.

Des érudits caressent en secret le rêve de n'enseigner que des gens instruits. Ce n'est pas par hasard que nombre d'entre eux « pantouflent » dans l'édition, la communication, le spectacle, la création artistique, la politique, grande dispensatrice de cette « pédagogie » qui n'est que propagande.

Qu'il s'agisse d'enseignement, de médecine, d'assistance paramédicale ou d'assistance sociale, notre société est confrontée aux réalités démographiques qui expliquent l'inégalité et le coût des prestations, la médiocrité de certains résultats, l'insuffisance des effectifs pourtant pléthoriques comme le montrent les comptes d'apothicaires établis et échangés par la sécurité sociale et les mutuelles.

Il n'est jamais trop tard pour mieux faire. Mais pour réduire les divisions, les discriminations, et le nombre des échecs, il faudra d'abord admette que nul système monolithique ne pourra appréhender tous les problèmes dans leur diversité croissante.

Pour mieux prendre en charge malades, handicapés, exclus sociaux et nouveaux venus démunis, il faudra sans plus tarder, avec moins de bureaucratie et plus d'humanité, s'occuper des êtres humains, seconder les grands « systèmes historiques » par des réseaux de petites structures réactives, disposant de personnel aptes à s'adapter au terrain et aux problèmes qui s'y posent.

Certes le gai savoir sera toujours dispensé par des grand-messes d'amphithéâtre . Mais pour relever les relégués il faut aussi réinstaurer des structures, des méthodes, des financements, des statuts, apparentés à ceux du défunt préceptorat.

La future classe des actifs ne sait pas encore qu'elle ne sera jamais assez nombreuse pour se prélasser. Qui osera lui dire qu'elle va devoir augmenter son rendement pour ne pas crouler sous la charge des jeunes ou vieux hors d'état ou de possibilité de produire ?

Un triple objectif s'impose déjà à elle : se prendre en charge, prendre en charge les plus jeunes, se préparer à assumer elle-même ses vieux jours.

Il est temps de substituer le principe de responsabilité personnelle au sacro-saint principe de solidarité par répartition « que le monde entier nous envie » mais qui a trouvé ses limites. Les marcheurs commencent à percevoir cette nécessité à l'horizon.

Il leur reste a bien ajuster leurs bésicles.

 

Pierre Auguste

Le 23 mai 2018