L'individu veut maîtriser sa vie. Et il a bien raison. Mais la démographie commande la société. Ce qui complique un peu les choses.

Nul ne sait quelle place lui réservent les multitudes qui veulent toujours avoir raison. C'est toujours plus difficile pour l'individu de raison garder.

Chaque jeune d'aujourd'hui serait bien inspiré de se rappeler cette remarque d'Hérodote (480-425 av J-C), plus vieille qu'Hérode ! selon laquelle « Une multitude est sans doute plus facile à leurrer qu'un seul homme. 

 

L'avenir appartient à ceux qui regardent le passé pour savoir ce qui fut inventé par les hommes et regardent loin devant pour prévoir ce qu'il leur reste à inventer.

Le salut est dans la mémoire et dans la prospective.

En lisant la presse on apprend que s'annonce une pénurie mondiale de travailleurs hautement qualifiés. Notamment dans la finance, les communications, le conseil, l'intelligence artificielle, les hautes technologies...

Ce devrait être un sujet d'interrogation pour bien des gens qui se nourrissent de leurs certitudes. Il y a là un problème de formation comme nous le serinons ici. Et comme ont bien fini par l'admettre les pouvoirs publics qui tentent de mettre « à toute vapeur »sur les rails leur train de réformes. Mais l'aptitude à détecter, à administrer et à dispenser le savoir utile n'est pas le seul frein potentiel de la formation et de l'économie.

Il va sans doute falloir nous détacher de quelques idées reçues sans examen.

Selon la première, toutes les intelligences se valent. N'avons nous pas, avec le bonheur de l'égalitarisme que l'on connaît, exigé « mordicus » de développer le collège unique, de reléguer l'enseignement utilitaire, de réduire l'enseignement de notre langue, d'adoucir les épreuves du baccalauréat afin que quatre-vingts pour cent d'une classe d'âge obtienne ce qui fut un sésame pour accéder sans autre sélection à l'enseignement supérieur jusqu'à ce que progressivement s'instaure la sélection par l'échec ?

Selon un deuxième mythe, tous les savoirs et tous les enseignements se valent.

C'est sans doute à lui que nous devons des programmes plus construits pour équilibrer les préférences du corps professoral et les idées pédagogiques en vogue que pour viser une utilité générale à long terme.

Une troisième idée ravageuse est bien ancrée dans les mœurs du patronat. Implicitement, les recruteurs attendent du duopole de l'enseignement et de l'emploi qu'il leur fournisse, à la demande et sans préavis, du personnel prêt à l'emploi en tous métiers et à tous niveaux de responsabilité. Quiconque observe l'évolution de l'économie sait pourtant que les emplois sont toujours plus divers, souvent plus qualifiés et requièrent parfois des savoirs et des savoir faire très spécifiques que nul enseignement de masse ne peut continûment dispenser en toutes quantités imprévues.

Les entreprises, qui ont déjà bien du mal à maîtriser les réalités présentes doivent admettre qu'elles doivent désormais accroître leurs efforts de prospection générale :

  1. Veille sur l'apparition et l'acquisition des sciences et techniques nouvelles ;
  2. Recrutement du personnel plus sur le critère des potentiels que sur celui des savoirs et des savoir-faire acquis ;
  3. Acquisition au sein de l'entreprise des savoirs et savoir-faire nouveaux et spécifiques par des petites structures adaptées et évolutives ;
  4. Veille sur l'évolution des mœurs et sur les attentes plus ou moins formulées des consommateurs ;
  5. Veille sur l'évolution de la concurrence ;
  6. ...

Les jeunes gens doivent désormais savoir que le travail non-qualifié sera toujours plus disqualifié et que le temps n'est pas encore venu de se la couler douce en attendant de bénéficier de cette lubie démobilisatrice de l'individu et de la collectivité à laquelle on a donné le nom rayonnant de « Salaire Universel ».

C'est la démographie qui commande. Elle impose aux pouvoirs publics de donner de l'ardeur au travail à ceux qui en manquent et d'aider à «trouver » des moyens d'existence ceux qui ne sont pas en état physique ou mental d'être utiles à la société.

L'actualité montre que nous baignons dans une incertaine idée de la vie.

 

Pierre Auguste

Le 30 mai 2018