La montagne étatique s'est mise en travail. Cent fois sur les métiers elle remet son ouvrage. Elle a promis monts et merveilles. Dans les vallées et dans la plaine retentissent les cris des douleurs d'enfantement.

La création d'un système de formation des hommes est un processus en permanente gésine. Il ne faut pas s'en étonner. Savoir et savoir-faire sont d'étranges « matières » immatérielles en perpétuelle expansion, insécables, incompressibles.

 

Malgré ses innombrables neurones, l'être humain ne peut ni ne veut tout absorber. Malgré son angélique bonne volonté, le personnel enseignant ne peut tout enseigner. Malgré l'urgence de certains besoins non satisfaits, les entreprises évitent de payer pour obtenir des candidatures qui fleurissent ailleurs qu'à Pôle emploi organisme que par leurs charges ils contribuent à financer. Les recruteurs attendent des conjonctures meilleures qui tardent à venir. Malgré sa louable ambition, le pouvoir politique ne peut tenir sa promesse récurrente de pourvoir à tout.

Établir des programmes de production et de formation est une « ardente obligation »et une lourde tâche toujours renouvelée. Nul ne sait satisfaire tous les besoins de la spécialisation et de l'ouverture au monde globalisé.

Comment faire en effet pour couvrir toutes les sciences et techniques et dispenser des enseignements qui soient un début pour les uns et un tout pour les autres ?

Comment apaiser les perpétuelles querelles qui opposent tour à tour, utilitaristes, généralistes, humanistes, littéraires, scientifiques, techniciens, essayistes, pédagogistes, enseignants pratiquants ou défroqués, économistes rêveurs, froids financiers avides d'espèces sonnantes, trébuchantes et circulantes, béotiens débutants ou chevronnés...

Nul système étatique ne peut espérer assembler et maîtriser seul cette infinie diversité des matières, des niveaux, des méthodes, des moyens, des compétences, des temps et des cycles que requiert un enseignement couvrant tous les besoins d'une société moderne en constante évolution.

Dans une large mesure, le futur est déjà présent pour qui sait observer et a assez d'intuition pour y lire l'avenir 

La société scientifique et technicienne a déjà inventé de nombreuse solutions pour maîtriser les difficultés que leur crée la complexité croissante de leurs moyens, de leurs structures, de leurs modes de fonctionnement.

Il est fort probable que ce qui s'est imposé pour les grandes structures institutionnelles, industrielle et commerciales s'étendra progressivement, par « la force des choses », à de plus petites entités.

Elle est déjà bien démembrée la trilogie linéaire censée enchaîner, sous la même responsabilité d'exécution, l'enseignement commun de base, l'enseignement spécialisé, la formation professionnelle.

Le système des grandes écoles, l'apprentissage, les formations intra-muros d'entreprises et de certaines institutions ont déjà ouvert la voie à de nombreux enseignements spécialisés que nul gigantisme monolithique ne saurait dispenser convenablement, sans omission ni répétition.

L'état a pour habitude de se servir le premier. Il a depuis fort longtemps multiplié les école et centres de formation pour satisfaire ses propres besoins en fonctionnaires de sécurité ou d'administration

On n'apprend pas à conduire un train, ni à piloter un avion ou un vaisseau, dans des établissements de l'éducation nationale.

De même il ne sera pas envisageable de mettre en place dans les établissements d'enseignement techniques des duplicata des moyens coûteux de production utilisés par l'industrie moderne tels que les multi-machines-outils à commande numérique ou les chaînes cybernétiques d'assemblage de produits et systèmes complexes.

Il ne sera en outre guère envisageable à l'avenir de séparer «  la théorie qui décrit et explique les choses » et la pratique qui apprend à les manipuler.

Les temps des automatismes et de l'intelligence artificielle devront mettre à sa juste place la formation des opérateurs humains.

Cette place ne saurait être ailleurs que dans les entreprises et institutions utilisatrices des moyens nouveaux qui seront toujours plus nombreux, plus complexes, plus coûteux et ne sauraient se passer des hommes.

Il est somme toute facile d'exposer pourquoi il est désormais nécessaire de transférer vers les entreprises une part importante des formations associées aux techniques nouvelles.

En définir les contenus et les modalités est un défi majeur pour les enseignants d'hier, pour les décideurs d'aujourd'hui et pour les entrepreneurs de demain.

À demain ces affaires ?

Pierre Auguste

Le 22 mai 2019