Editos - Réforme

LE MUR DES CONTRADICTIONS

Depuis l’aube des temps philosophiques l’homme s’interroge sur les contradictions de l’homme.

La patrie de Kant, de Hegel et de Nietzsche est bien préparée pour passer au crible de la logique nos contradictions politiques et les arguties par lesquelles nous tentons de les justifier.

« Toute chose est en soi-même contradictoire » disait Hegel. « Contradictio est régula veri, non contradictio, falsi. » (Contradiction est règle vraie, non- contradiction, fausse.) Ces axiomes sont tempérés ou contredits par la philosophie d’inspiration allemande qui couple le principe de contradiction et le principe de non-contradiction dans une dialectique rigoureuse. L’actuel et difficile dialogue franco-allemand pourrait être éclairé par ce message lancé par Hegel à travers les siècles :

« Les systèmes qui commencent par accepter la contradiction, en se réservant d’ajouter qu’ils seront capables de la surmonter ou de la « vivre », ceux-là logent leur ennemi avec eux. »

Cette forte phrase porte en elle bien des questions sur la compatibilité des systèmes et sous-systèmes de toutes natures. (Systèmes technologiques, systèmes productifs, systèmes d’organisation sociale, systèmes de pensée, systèmes administratifs, systèmes politiques…)

La mondialisation, la construction européenne et la régionalisation offrent maints exemples des difficultés et des attentes contradictoires de composants hétérogènes appelés à coopérer.

L’une de nos propensions nationale est de vouloir changer les autres pour n’avoir pas à bouger. Elle n’est pas universellement acceptable. Dans la construction européenne il n’était pas très judicieux d’agglomérer tant de pays se trouvant à des stades de développement si différents.

Sur les rives droites et gauches, de la politique et du Rhin, on voit où peuvent conduire les groupements politiciens d’obédiences diverses qui ne sont guère d’accord que sur quelque programme d’alliance préélectorale et remettent à plus tard les décisions difficiles.

Dans la politique nationale, il n’est pas sans risque de se mettre « d’accord » sur un programme électoral sans s’être aussi accordé sur tous les éléments et sur la dynamique d’un programme d’exécution.

Est vouée à l’éclatement toute coalition qui, sous couvert d’un accord électoral, prétend marier la carpe et le lapin. On voit tous les jours ce que produit la confrontation des éléments disparates de majorités de tous bords qui prétendent ou laissent à la fois et/ou successivement :

•Faire vivre et bouleverser les institutions ;

• Promouvoir l’indépendance de la justice et tolérer qu’elle puisse être sous de souterraines dépendances syndicales et/ou partisanes ;

• Promouvoir la croissance et plafonner ou contingenter la consommation ;

• Éradiquer l’énergie nucléaire et la conserver comme pilier de notre politique énergétique ;

• Faire la guerre aux riches et chercher des capitaux ;

• Stigmatiser le patronat et redresser l’économie ;

• Redresser l’économie et augmenter les impôts sur les sociétés ;

• Augmenter les impôts des ménages et stimuler la consommation ;

• Appeler la confiance, augmenter le plafond des dépôts sur livret A, siphonner l’épargne et diminuer le taux d’intérêt après avoir empli les caisses ;

• Prôner solidarité et/ou esprit d’équipe et dénigrer les camarades ;

• Promouvoir intelligence et dialogue et attaquer ad hominem quiconque n’est pas de son avis ;

• Louer la réconciliation et faire une « querelle d’Allemand » à « l’égoïsme germanique » ;

• Dénoncer l’hégémonie des grandes écoles et faire de l’ENA la pépinière d’esclaves de cabinets ministériels appelés à devenir seigneurs et maréchaux d’industrie ;

• Établir dans l’urgence un crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises, le plafonner, en différer les effets, et le rendre inaccessible aux petites structures ;

• Organiser des débats et mettre en œuvre ce qui était décidé d’avance ;

• Dénoncer la fraude fiscale, confier la police fiscale à des fraudeurs et les lyncher quand ils sont pris la main dans le sac ;

La liste est à la fois non exhaustive, ouverte et pleine de suspens. Et nous voilà plongés dans l’angoisse de ne pas savoir sous quelle griffe sera diffusé le feuilleton !

La langue Allemande et le savoir-faire français sont riches de leurs déclinaisons. Certes, il s’agit là d’un amalgame. Mais le résultat politique est une œuvre collective de long terme conduite sous caution solidaire. C’est un tout à l’image de l’homme, « ondoyant, divers et contradictoire ».

Quand on n’examine que des faits et des idées, on s’abstient de dénoncer des hommes. Mais, sans insulter les victimes ni l’histoire, la République des Cavernes pourrait animer une galerie d’ombres rupestres. Les mauvaises langues néo-platoniciennes l’appellent déjà le « Mur des confédérés. »

 

Pierre Auguste

Le 8 mai 2013

 

 

Post-scriptum.

 

Lire Hegel et l’universelle contradiction ; Franz Grégoire ; Revue Philosophique de Louvain ; Accessible sur internet.