Editos - Commentaire

PETITE ANALYSE DES GRANDES MANŒUVRES POLITIQUES

Les Gaulois se sont multipliés. Ils sont toujours aussi divisés. Chacun a pu cet été observer ce paradoxe selon lequel la division ne prend jamais de vacances et fait pourtant des rentrées fracassantes.

Depuis la disparition de notre gaullien Gaulois qui fut naguère « le premier des Français puis le premier en France », nous nous disputons pour savoir combien notre « cher vieux pays » compte de fromages et combien il lui en faudrait pour être gouvernable.

La mondialisation et la construction européenne ont élargi un marché toujours plus erratique.

Des consensus partiels et éphémères marient la carpe et le lapin. Les divorces sont toujours de la faute de l’autre. En politique comme en amour et en affaires tout serait à renégocier pour éviter les ruptures.

Bien qu’en politique ils soient difficiles à échafauder, les accords finissent par prendre corps quand il s’agit de se faire élire. On transige plus aisément sur les additions des rêves et des promesses que sur la multiplication des réalités ou des efforts. Chacun est intraitable sur la soustraction des avantages.

La société est une matière comme une autre. Elle a ses cohésions, ses duretés ses élasticités, ses résiliences, ses contraintes, ses fissions ses fusions, ses agitations, ses mystères…
La politique se voudrait une science comme une autre. Mais les politiciens en sont encore aux temps et aux méthodes de l’alchimie et de la superstition. Ils croient pouvoir tout promettre et transformer en or tout ce qu’ils touchent.
Les échéances électorales scandent les humeurs, les discours et les discords selon des séquences quelque peu boiteuses. Ce sont autant de métronomes qui battent chacun selon son propre rythme et font l’objet de conjonctions capricieuses.

Nous n’avons pas assez d’yeux pour observer les mouvements des planètes dans le ciel politique. Les astronomes sont discrets. Les astrologues sont diserts. À peine sommes-nous sortis de la présidentielle que déjà nous sommes embarqués dans les municipales.

Les grandes manœuvres politiques obéissent à des lois qui ressemblent celles de la gravitation universelle. Les corps partisans s’agglomèrent ou se disloquent comme des corps célestes. Chacun des niveaux de notre millefeuille administratif a son zodiaque. Tous obéissent à des lois similaires.

Durant l’avant-primaire on s’oppose pour se poser, on se distingue pour se faire distinguer. Dans l’avant-scrutin on se rallie pour se placer, on estompe les désaccords, on magnifie les convergences. Après la victoire on réaffirme ses spécificités rappelées par l’électeur délaissé qui fait peser la menace de changer de fournisseur de rêves.

L’unité de circonstance et la lune de miel commandent au vainqueur de dérouler son programme en commençant par ce qui est le plus facile, le moins coûteux, le plus consensuel, le plus symbolique.

Le pseudo-sage démagogue n’enchaîne la suite que dans la prudence, la circonspection et après consultation des augures. Malgré tous les efforts centripètes commence alors l’attrition des majorités si patiemment constituées. L’art politique consiste à retarder l’éjection des corpuscules. Des actes de chirurgie fine permettent de circonscrire les adhérences. De précautionneuses constitutions des équipes « plurielles » permettent de limiter les risques d’entraînements et de dommages collatéraux.

C’est ainsi que nous avons pu voir le génie architectural désigner puis éjecter tel ministre sans faire éclater une coalition tiraillée par des objectifs différents et résolument affichés.

Et nous voyons les combinaisons électorales distordre, par sympathie ou antipathie, programmes et discours élaborés en haut et en bas de nos structures politiques.

Il faut que le citoyen ait le cœur bien accroché, les détecteurs semi-circulaires bien conformés, les trompes d’Eustache bien dégagées pour subir, sans nausées, sans vertiges et sans bourdonnements, les variations multi-périodiques des altitudes politiques.

Pierre Auguste
Le 11 septembre 2013