Editos - Taquineries

POLITIQUE. LIAISONS ET CORRÉLATIONS DANGEREUSES.

En ces temps de libertinage, les liaisons sont toujours plus dangereuses. Surtout quand elles sont rompues. Plus que tout autre, le désamour politique fait des ravages. Les disgraciés de la politique se cramponnent pour ravaler leur amertume.

Il en est un qui vient d’adresser un superbe sproposito à son substitutionnaire. Des parfums suaves apportés par les vents du désert l’ont empli de la nostalgie de ses temps heureux d’Agadir et de Marrakech. Les réminiscences du vocabulaire étaient du voyage.

Le destinataire fut peiné d’apprendre que son équipe était composée pour moitié par des brêles. Quiconque a traîné sa carcasse un peu partout sait que la brêle est une mule, que son nom est d’origine arabe, qu’il ne faut pas confondre cette monture avec le baudet du Poitou, que la brêle en est venue à désigner un incapable. La saillie du proscrit avait tout pour plaire ! La mule du pape n’eût pas fait mieux.

Les vieux briscards du désert pourront rappeler que jadis l’ensemble des unités muletières marocaines fut joliment appelé « la Royal Brêle Force ».

Les protagonistes connaissent leur Machiavel pour l’avoir étudié au titre de leur longue préparation au principat. L’un et l’autre n’ignorent pas que « La médisance irrite les hommes et ne les corrige pas. » Leurs échanges sont donc à mettre sur le compte des agaceries réciproques.

Le prince titulaire sait que tous les avis méritent considération, que tous les conseils ne sont pas bons à suivre et qu’il ne faut jamais avoir l’air d’obéir fût-ce au plus grand économiste. Il s’interroge en secret pour savoir quelle moitié de son gouvernement est la bonne et comment restaurer l’autre.

Un dramaturge dirait qu’il ne s’agit là que d’un exercice de casting. Un chef d’entreprise y verrait un problème de recrutement et de gestion des ressources humaines. Un recruteur en ferait une longue, délicate et difficile tâche de description des postes à pourvoir et de détermination des compétences requises. Un homme politique qui est payé pour être un peu tout cela est toujours tenté de distribuer les rôles comme des récompenses, d’en faire un processus du choix de ses amis.

En désignant ses amis on multiplie le nombre de ses ennemis. En multipliant les concertations on accroît les risques de contestation. C’est pourquoi même en démocratie l’acte politicien gagne à être discret, préparé et promptement exécuté afin de prendre au dépourvu amis et ennemis et limiter les oppositions.

Comme il faut bien en venir à expliquer les décisions nul ne peut se passer de recourir à la science statistique en l’élevant au rang des beaux arts politiques.

C’est là qu’interviennent les corrélations dangereuses, qui mieux que les sondages d’opinion, permettent de mesurer la hauteur des vues et la profondeur des ignorances.

Le chômage continue-t-il à augmenter inexorablement malgré les discours, les promesses, les actions palliatives ? On nous sert toujours quelque explication qui permute causes et effets. La création d’emploi nous dit-on ne pourra reprendre tant que la croissance sera quasi nulle ! Au large les responsabilités !

Chacun sait pourtant que la croissance correspond aux écarts positifs de la production nationale entre deux instants bien définis. L’augmentation de la production est postérieure à l’augmentation du volume des commandes, laquelle n’est suivie de recrutement que s’il est nécessaire. Nul recrutement n’intervient tant que les capacités de production sont estimées suffisantes. Et ce sont finalement les nouveaux emplois qui créent la croissance et non l’inverse. Allez donc expliquer cette dynamique et ses tempos aux Pieds Nickelés de la communication économique !

Il faudrait que l’électeur exige bien d’autres compétences du personnel politique avant de le mandater pour la conduite de l’économie politique et de la politique économique.

Le profil idéal serait celui d’un monstre à la forte culture générale et scientifique, grand maître en statistique, pointilleux sur la logique et la vérité, ayant l’esprit d’entreprise et d’invention, conscient de la grandeur et des misères de l’homme, doté d’une éthique à toute épreuve.

Vous l’avez deviné, il faut ressusciter Blaise Pascal ! (1623-1662) Rédacteur précoce d’un traité sur les coniques, philosophe et chercheur, inventeur-constructeur d’une machine à calculer pour aider son père dans la collecte des impôts et donc précurseur de l’informatique, pionnier de la statistique et du calcul des probabilités, physicien qui a donné son nom à l’unité universelle de pression, créateur d’une société de transport par coche ancêtre de la R.A.T.P, promoteur du bon usage des maladies…

Il ne manque à Pascal que d’avoir fait Sciences Po !

Que les Auvergnats Jansénistes lèvent le doigt. La République a besoin d’eux.

Pierre Auguste

Le 9 juillet 2014