Editos - Métiers

LE FER ET LA SIDÉRURGIE


Le premier homo faber qui trouva par hasard une coulée de fer dans les cendres de son feu n’imaginait sans doute pas la place qu’allait prendre ce matériau.
Il faudrait un moral d’acier pour subir un inventaire des usages du fer dans la vie et dans le vocabulaire des hommes. Le fer est une mine d’objets et de métaphores qui illustrent l’imagination déployée par l’homme pour survivre et vivre commodément.
Depuis le premier fer de lance des chasseurs, jusqu’au dernier fer de lance de notre économie, bien des fers, chauds ou froids, ont « servi » pour nourrir les humains, les faire naître, les faire travailler, les soigner, les immobiliser, les transporter, les chauffer, les blesser, les trucider. Et pour dorer le dos des livres qui racontent leurs exploits !
Les métiers et les savoir-faire du fer sont innombrables.
Il y a d’abord le matériau et sa production dont la richesse est insoupçonnée de l’utilisateur qui oublie son bonheur et ne veut voir que les nuisances. Depuis la mine , jusqu’à la construction mécanique ou le bâtiment en passant par le laboratoire, la fonderie, l’aciérie, la forge, le laminoir ou la tréfilerie, le fer, la fonte et l’acier subissent une variété infinie de traitements très spécifiques. Déjà nous n’avons pas trop de lettres d’alphabet, ni de chiffres, pour désigner les produits, leur forme et leur composition.
Malgré les crises d’adaptation imposées par la concurrence et grâce à l’évolution des sciences et des techniques mises en œuvre, les professions du fer gardent à la fois leur intérêt et leur noblesse. Il y a encore beaucoup d’efforts, de progrès et d’emplois en perspective dans ce secteur d’activité. Le grand défi est d’abord d’en organiser l’économie, la recherche, l’enseignement, la production et le travail.
L’actualité sidérurgique est épisodiquement marquée, chez nous et ailleurs, par des changements d’orientation tels que les nationalisations, les dénationalisations, les restructurations, les sauvegardes, les délocalisations. Que de chemins cahoteux parcourus depuis la deuxième guerre mondiale. Par l’Europe avec la communauté du charbon et de l’acier. Par la chine avec l’échec de son « bond en avant » vers ses « petits hauts-fourneaux » puis son grand rebond vers les sommets de la consommation qui raréfie et enchérit les ressources mondiales. Il y a fort à faire pour amener un peu de rationalité et de régulation dans les mécanismes d’un marché dont chaque nation, chaque grand groupe industriel, espère tirer profit sans se soucier des autres.
Les problèmes sont financiers car ils sont d’abord scientifiques et techniques. De nouveaux processus de production et des caractéristiques nouvelles verront des applications dans les constructions mécaniques, les grands systèmes, le bâtiment.
Un formidable corpus de connaissances tire déjà des merveilles d’une infinie variété de combinaisons du fer, du carbone, du chrome, du nickel et d’un nombre croissant d’adjuvants ou d’additifs. Des fers, des fontes, des aciers spéciaux et/ou réfractaires de toutes sortes permettent à la technologie d’assouvir notre boulimie d’objets manufacturés. Qui sait ce qu’est un cermet ? Quel consommateur se soucie-t-il, de perlite, d’austénite, de martensite, de solution alpha, de magnétisme, de malléabilité, de ductilité ? Seuls lui apparaissent les défauts tels que la fragilité ou la corrosion.
C’est précisément dans ces domaines que de grands progrès sont à attendre. Mais cela suppose que la science pénètre plus profondément dans l’intimité de la matière pour mieux connaître et mieux maîtriser les liens des molécules, les processus de fusionnement, les modes de cristallisation, les mécanismes des altérations.
Les traitements thermiques, la réduction des frottements, les traitements et les recouvrements de surface, la réalisation de matériaux composites à base de fer et d’acier offrent encore une infinité de voies de développement pour soumettre les matériaux à de plus fortes contraintes mécaniques et de température.
Pour reculer les limites physiques des matériaux, il faudra d’abord s’intéresser aux limites de nos financements. C’est par l’initiative que l’homme, par un retour sur soi, pourra « harceler d’éloge et de blâme le dur fabricant d’outils et d’armes » pour que chez nous, il reste debout sur la route du fer.

Pierre Auguste

Le 28 juin 2006