Editos - Chômage

STATISTIQUES ET MAGIE DES NOMBRES

Moi, citoyen, j’observe et j’écoute ceux qui nous dirigent. Et je prends ce que je veux de ce qu’ils content et comptent.

Depuis que les Sumériens, les Babyloniens et les Égyptiens ont ouvert la voie, l’homme cherche à échapper à la magie en apprenant à lire, à écrire et à compter. Il n’y réussit pas toujours comme le reconnaissent en leurs discours nos Ministres dont les fondamentaux manquent de fondement.

Certains comptent sur la malice pour se soustraire aux exigences de la rationalité et de la rigueur des chiffres. « Je ne crois jamais une statistique à moins de l'avoir moi-même falsifiée. » Disait Winston Churchill.

Mais il n’est pas nécessaire qu’une statistique soit falsifiée pour être fausse. Elle peut l’être par construction. La comptabilité officielle en fournir maints exemples. Elle estime notamment la richesse nationale par l’agrégat « PIB », obscure notion plus conçue pour la commodité de l’État que pour l’éclairement du Peuple Souverain. Les inondations récentes nous ont rappelé que L’État y voit une source de revenus. Il tire profit des dépenses engagées pour réparer les conséquences de tout sinistre, grand ou petit avaleur des maigres richesses du citoyen. Cette merveille de notre organisation enrichit la nation par l’appauvrissement du peuple !

Nos dirigeants lorgnent sur l’épargne. Elle leur serait bien commode pour éponger la dette publique et renouveler leurs promesses. Il se trouve toujours des envieux et des ingénus pour s’étonner que ce pactole ne soit pas dans les mains des jeunes ! Nous entendons, ici ou là, appeler les épargnants à la confiance pour investir et mettre en circulation ces « capitaux » afin d’abonder les budgets, relancer l’économie, créer de l’emploi. Mais le citoyen qui a pensé à ses vieux jours a de bonnes raisons de se méfier des parents prodigues de la République et de leur générosité fondée sur l’argent d’autrui.

Les dépenses, obligatoires et indiscutables, induites par les ravages de l’âge et les catastrophes suppléent la confiance défaillante. Les assureurs évaluent les leurs, les déplorent et se rattrapent sur les primes. L’état, qui est son propre assureur, communique promptement sur ses secours prévisionnels. Il diffère ses paiements et ses chiffrements plus ou moins extractibles de ses statistiques agrégatives.

Mais si les statistiques sont fausses en leur principe, elles peuvent l’être aussi, par la source, par la saisie, par le traitement, par l’interprétation, par la présentation des informations. En ces domaines on ne sait jamais où commencent et où finissent inintelligence et malhonnêteté, sincérité et manipulation.

Les communicants sont souvent trahis par la date de leurs communications. Ainsi en est-il pour la présentation des chiffres du chômage. Des matrices statistiques en perpétuels remaniements et les délais d’extraction des informations des grands chaudrons et autres « Grands Data » génèrent de désastreuses communications à contretemps. On annonce une embellie quand le quidam perçoit une dégradation de la situation. On annonce une stagnation quand les professionnels voient poindre quelques signes encourageants de reprise. Tout écart entre la réalité et sa perception inhibe des processus de recrutement.

On peut aussi observer que l’actualité relative aux migrations, dont les troubles mondiaux nous harcèlent, déverse sur notre pays des avalanches de chiffres extravagants. Les statistiques ne traitent guère les bilans migratoires qu’en termes de flux sans se préoccuper des peuplements résultants. L’interdiction de recueillir et d’exploiter toute information d’origine ethnique ou religieuse conduit à dénier l’existence de problèmes spécifiques de certaines populations, et interdit donc de les résoudre.

Que des enfants nés en France acquièrent de fait la nationalité française ne leur donne pas ab initio la culture et les savoirs exigés par la vie nationale, lesquels ne peuvent être acquis par le plus grand nombre sur une seule génération.

Faut-il s’étonner que notre système éducatif et social omnibus ne sache pas résoudre les problèmes qu’il est interdit de poser ?

Moi, citoyen, je hais Ubu et Gribouille. Et je récuse leurs œuvres et leurs pompes.

Pierre Auguste
Le 14 octobre 2015