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UNIVERSALITÉ ET UNIVERSALISME

L’univers est grand. On nous a appris qu’il est en expansion.

On nous dit maintenant que l’expansion s’accélère. La gravitation se transmettrait par des sortes de cordes vibrantes et quantiques à la fois. Mais que l’on sache, les cordes transmettent les efforts par traction, on voit mal comment elles pourraient pousser l’univers à « s’expansionner » toujours plus vite.

L’univers est encore vide d’explication.

Personne ne nous dit le comment, le pourquoi ni jusqu’où iront les immensités. C’est le grand silence. Il n’y a rien de bien nouveau loin du soleil. Déjà, Blaise Pascal « flippait » : « Le silence des espaces infinis m’effraie.»

Du haut du firmament « Neuton » considère sans doute nos tâtonnements avec gravité. (C’est ainsi que le plus antique de mes professeurs de physique disait le nom de Newton, à la française, sans prononcer la lettre finale, comme au temps de Voltaire et de Madame du Chatelet.)

Certes nous scrutons aujourd’hui les lointains en lançant des sondes, des télescopes, des messages. Et nous les épions en déployant de grandes et fines oreilles.

Qu’ils soient fixes ou mobiles et manœuvrés à distance, tous ces apparaux s’expriment dans le langage universel de la science mais cette universalité-là est bien confidentielle et manque d’interprètes universellement intelligibles.

L’universalité commence à « deux plus deux égalent quatre ». Mais la nature humaine veut qu’elle ne soit pas reconnue de tous. Chacun veut la sienne. C’est ainsi que l’universalité connaît d’autres formes et que la nôtre ne soit pas toujours ce qu’elle fut.

Il n’y guère que deux ou trois siècles, tous les gens cultivés d’Europe parlaient notre langue et les grands monarques s’entouraient d’intellectuels et d’ouvrages français. C’est ainsi que notre Descartes est allé mourir de froid en Suède, que notre Voltaire est allé, mais en vain, travailler pour le roi de Prusse, que la grande Catherine de Russie racheta à notre Diderot sa bibliothèque, la laissa à sa disposition pour la vie et lui versa une pension.

Si l’on en croit les gazettes nous serions engagés sur les voies de la relégation. Nonobstant quelques retentissants prix Nobel, le classement de nos universités et autres établissements d’enseignement, ne serait pas brillant, les publications scientifiques seraient assujetties à la bénédiction de quelque revue anglo-saxonne, nos intellectuels eux-mêmes seraient enfermés dans des doctrines hexagonales surannées.

Universalité où es tu ?

Le peuple répond à travers le langage et les mœurs qui apparaissent en clair à travers les médias, notamment par la communication et la publicité.
Nous ne pouvons vendre, même chez nous, nos voitures, notre café, nos parfums, ni même nos produits les plus prosaïques, sans les nimber d’images, de musiques, de voix et d’accents d’outre atlantique.

Les produits nouveaux sont naturellement nommés par leurs inventeurs, et aussi hélas par leurs promoteurs qui sont des récupérateurs sans scrupules. Mais il est souvent illégitime, ridicule et vain de vouloir franciser les mots désignant les objets et concepts nouveaux par des périphrases ou des analogies qui introduisent de l’imprécision dans notre langue.

Il vaudrait bien mieux voir, dans l’envahissement de notre langue par des néologismes d’origine étrangère, l’ardente obligation de développer chez nous la recherche, l’innovation, la créativité.

Inventons, nous aurons le droit de nommer. Nous serions ainsi plus « smarts » par nos œuvres que par nos pompes et nos pompages.

Mais la fatalité fait que nous soyons en un temps où les universalismes prennent le pas sur l’universalité. Jusque dans les universités !

Les universalistes intramuros veulent rétablir les frontières. Pour instituer ici une société, une économie et un capitalisme hexagonaux ils voudraient commencer par les imposer au monde entier.

Les universalistes libéraux comptent sur l’abolition des frontières et la main invisible du marché pour établir l’universalité par la monnaie et la finance, marchandises suprêmes et instruments de mesure de toutes choses.

Rêveurs et activistes de cauchemar se livrent des combats, sans merci et sans fin par l’intellect, le verbe et le muscle.

À force de vouloir tout embrasser, les uns et les autres finissent par influencer ou à prendre le pouvoir pour tout mal étreindre.

À force de vouloir tout régenter, les pouvoirs publics collectivisent tous les problèmes, les laissent sans solution, promeuvent tous les conservatismes. Universalité et pérennité bien ordonnées commencent par soi-même. Réélection oblige.

Camarade citoyen, souviens-toi que le printemps commence en automne. Tout bourgeonne déjà à l’aisselle des feuilles mortes.

En notre pays tourneboulé et dépouillé, la grande élection approche. C’est à toi qu’il appartient de subvertir les désordres établis.

Et de contribuer à mettre, aux bons endroits, de bonnes têtes et des âmes fortes.

Pierre Auguste
Le 21 septembre 2016