Editos - Conjoncture

RÉFORME DE LA RETRAITE. 1-RETRAITE DE LA RÉFORME.

Sectateurs et sectatrices du libéralisme et du dirigisme se sont affrontés dans un combat sans merci. Les Horace et les Curiace ont été évacués vers des hôpitaux saturés. Ils sont en réanimation. Les pronostics vitaux sont réservés.

Un clou chasse l’autre. Exit la promotion Voltaire. Place à la promotion Senghor. En colonne par six, elle est entrée à l’Élysée. Pourrait-il en être autrement quand les grands cerveaux sont structurés par la parité, la tiercité, les grands nombres.

Vous allez voir ce que vous et vos anciens avez déjà vu : le plus beau de ce que peut produire le plus beau de nos corps constitués.

Voici donc relancé notre grand remake quinquennal.

De la réforme de la retraite, à la réforme du travail, en passant par la moralisation de la vie politique, la réforme de l’enseignement, la réduction des inégalités, l’éradication du paupérisme, la santé, la fiscalité, les procédures budgétaires ou financières… tout va repasser dans la blanchisserie institutionnelle. Attention aux coups de battoir !

La réforme des retraites est déjà en place pour le quadrille. Dans le droit-fil de la longue et brillante lignée des ses prédécesseurs l’avatar 2017 du club des Jacobins va se vouer à « ces grandes minutes de gésine sociale et d’enfantement révolutionnaire où il y a de la convulsion mêlée à l’effort... » (Victor Hugo)


Nous avions déjà la grille indiciaire des fonctionnaires, cette pyramide des valeurs républicaine aussi éternelle que les pyramides égyptiennes. On nous a promis le permis à points qui sera, « en même temps », donc pour l’éternité, la matrice, le recueil des équations, péréquations, logiciels et barèmes qui géreront l’égalité et la misère de vos vieux jours. Les vôtres jours, jeunes gens, « qui sont les nôtres » sont déjà vieux et comptés. Nul ne peut espérer échapper au désastre que ne manquera pas de produire la longue gestation bureaucratique de la mathématique financière.

Notre compatriote François-Bertrand Barrême et son petit-fils Jean-Nicolas vont se retourner dans leur tombe, mais de contentement. Il est temps de penser à leur ériger une statue du côté de Bercy pour rappeler que ce sera grâce à eux si, là-bas, on cesse un jour de prélever et de dépenser sans compter.

Mais les mathématiciens énarchiques, si tant est qu’il en existe, ne sont pas au bout de leurs peines, ni des nôtres.

C’est une étourderie de jeunesse d’avoir promis pour les retraites tout à la fois l’unification des règles, l’éradication des inégalités, l’amélioration des pensions, la conservation des acquis, la contention des dépenses, la prise en compte de l’extrême diversité des risques, des astreintes, de la pénibilité de tous métiers, parcours et formations.

C’est vouloir mettre en rangs, en boîte, en phase et en algorithmes l’humanité entière. Et c’est oublier la remarque de Montaigne selon laquelle l’homme, tous sexes confondus, est « ondoyant, divers et contradictoire. »

C’est un rêve de croire qu’il suffirait d’ajuster la valeur de quelque point abstrait pour que tous les éléments d’un système complexe s’ajustent et s’harmonisent en cascade.

Il vaudrait mieux penser avec Antoine Houdar de La Motte (1672-1731) que

« C'est un grand agrément que la diversité :
Nous sommes bien comme nous sommes.
Donnez le même esprit aux hommes,
Vous ôtez tout le sel de la société.
L'ennui naquit un jour de l'uniformité. »

N’oublions pas que l’ennui a un frère jumeau, qui s’appelle chaos.

Comment pourrait-on, même en marchant vite et longtemps, trouver une formule magique qui régenterait de manière équitable toutes retraites pour toutes durées d’activité, en tous métiers, en tous secteurs d’activité, en toutes fonctions, en tous cursus, pour tous services rendus, pour tous efforts, pour toutes formations, pour tous dévouements, pour tous risques pris… pour toutes quiétudes.

Amis aux longues dents, posez un peu le pied sur « la terre des hommes » ! Vous semblez ne pas avoir pris conscience que des abîmes séparent le feu de l’action bureaucratique, le feu des cabinets ministériels, le feu des rédactions médiatiques, le feu des hauts-fourneaux, le feu des incendies, le feu des armes...

Battez-vite en retraite face aux réformes bourrées de casus belli. Et pourtant promises.
Cela nous épargnera votre propension à travestir en réussite une amélioration pour quelques uns, obtenue par les artéfacts d’une régression générale.

Pierre Auguste
Le 14 juin 2017