Editos - Une certaine idée de la vie

Europe. 2-L'opinion des peuples d'aujourd'hui.

 

Une génération s'éteint lentement. Il lui reste une décennie à vivre. C'est le reliquat des êtres humains qui ont vu, et vécu dans leur chair, les horreurs de la guerre.

Qui d'autre pourrait témoigner ? Et qui le leur demande ?

L'histoire se déroule partout en même temps et nul n'a le don d'ubiquité. L'histoire orale est sujette à caution. On écrit peu quand la politique et la guerre deviennent secrètes.

Il est normal et structurel que l'opinion des peuples ne soit plus ce qu'elle fut et que les jeunes générations pensent plus à leur présent qu'au passé et à l'avenir. Le « plus jamais ça » qui hantait leurs aînés leur semble être un acquis allant toujours de soi.

Curieusement, l'idée que se font de la vie les plus jeunes d'aujourd'hui ressemble à celle de Montaigne (1533-1592) qui voulait avoir « toujours le cul sur la selle » pour aller « se frotter et limer la cervelle contre celle d'autrui. »

Le programme Erasmus donne à quelques-uns, triés sur le volet, le moyen d'exaucer ce rêve qui exhaussera leur vision du monde et de ces drôles de bipèdes qui s'y entre-tuent.

Point trop ne faut de voyages et de loisirs lointains. Il faut aussi faire marcher notre commerce local et chacun doit accepter d'accomplir ici des tâches qui ne sont pas toujours plaisantes.

Nous avons certes l'aide d'un machinisme nouveau. Mais il nous reste des servitudes, jadis réservées aux esclaves, que les robots n'exécutent pas encore. Et il est bien singulier que notre république prône l'égalité sur tous ses frontons alors qu'elle cultive l'inégalité et la pauvreté dès le berceau. Elle en importe pour renouveler les « stocks » en prétendant que ce sont pour nous de grandes richesses.

Le réalisme commande de se garder de l'idée fausse selon laquelle l'opinion de la jeune génération, notamment sur l'Europe, serait monolithique comme le croient ou l'espèrent certaines factions politiques.

Comme toujours les jeunes veulent se distinguer de leurs parents. Ce serait les offenser de les comparer à leurs plus anciens progéniteurs.

Même en notre pays gaulois, chaque individu est façonné par son histoire.

Il suffit quand on peut, de voir son arbre généalogique et de s'intéresser à l'onomastique et à l'anthroponymie, pour admettre que tout être humain est plus ou moins le produit de mélanges de souches enracinées en quelque terroir et d'apports d'immigrés de toutes provenances, intervenues en tous lieux, en tous temps, à tous âges, pour tous motifs.

Les politiciens prêchent pour l'unité, mais chacun pour la sienne. En leur profondeur et en leurs mœurs, les ethnies ont leurs rémanences. En leurs mots et en leurs accents, les parlers ont leurs persistances. En leurs croyances, les âmes gardent leurs secrets et leurs mystères. En ses votes le citoyen a ses déterminismes et aussi ses humeurs.

Les faiseurs et les analystes d'opinion trouvent là plus de questions que de réponses !

Naguère, quiconque avait quelque peu bourlingué en notre pays et en ses dépendances, savait localiser, par l'accent et quelques expressions, l'origine d'un interlocuteur sans se tromper de plus de cent kilomètres. Avant la mondialisation des migrations, il était plus facile de reconnaître les Bretons, les Bourguignons et les Auvergnats et toute la variété de nos méridionaux que de deviner aujourd'hui l'origine africaine des Bantous, des Peuls, des Zoulous et de toute la diversité asiatique. On nous objectera qu'en un pays civilisé il faut se garder de toute discrimination ethnique. Mais les fiers Gabales, alliés des Alvernes, n'ont en général pas « accueilli » avec les mêmes « rites » qu'ailleurs, les Romains, les Maures, les Goths et autres Germains.

On nous dit que les pays Européens sont jaloux de leur identité et en même temps la cherchent. Mais qui saura nous dire laquelle ? Tout le monde ne veut pas être Breton de montagne comme les Auvergnats, ou Auvergnat de mer comme les Bretons.Comme pour toutes les questions sérieuses, il est toujours trop tard pour s'en préoccuper.

Nos gouvernants atteignent les sommets de la confusion d'esprit au rythme du calendrier électoral. Leurs variances sont les résultats de la diversité du peuple souverain qui, comme l'homme selon Montaigne, est « ondoyant, divers et contradictoire ». L'histoire le dit, l'actualité le confirme, L'Europe n'est pas une république. Elle est plurielle et divisible.

Pierre Auguste

Le 3 octobre 2018

La formule est d'Alexandre Vialatte. Antiquité du grand chosier. Un Auvergnat en Bretagne.