Editos - Conjoncture économique

DU VENT DANS LES MARRONNIERS


Il était une fois un petit garçon qui aimait à contempler les arbres. Il avait observé qu’il y a toujours du vent quand les arbres agitent leurs branches. Il en avait déduit que ce sont les arbres qui produisent le vent.
Il fit de belles études, fut remarqué à l’École d’Administration, commença une belle carrière à la cour qui compte les déficits, puis de conseiller à la cour qui les creuse.
La succession des générations le propulsa sur un siège de député. Il mit sa plume et son humour au service d’un parti tour à tour bénéficiaire et victime d’accidents électoraux.
Devenu chef de parti bien assis, il corrigeait les discours de circonstance préparés par d’étiques élèves de promotions puînées. Un peu comme les journalistes produisent des marronniers. Il y apportait sa touche et ses réminiscences personnelles, reconnaissables à la permutation des causes et des effets des phénomènes qui régissent la vie des hommes, des partis et des peuples.
C’est ainsi qu’on l’entendit naguère déclarer que l’économie de sortie de crise ne créait pas d’emplois à cause d’une croissance insuffisante.
Les chefs d’entreprise en sont restés béats. Cette nitescence leur avait échappé.
Avant la crise, ils arrivaient tout juste à tenir en équilibre leur entreprise qu’ils avaient adaptée à un volume moyen d’affaires. Par voie de conséquence et selon les commandes, leur infrastructure, leurs outils de production, leurs effectifs étaient tantôt surabondants, ce qui  grevait leurs coûts, tantôt insuffisants, ce qui limitait leurs possibilités de développement. La prudence commandait. La croissance suivait à bas régime cahotant.
La crise vint qui fit entrer chacun dans sa coquille. Tous n’en mouraient pas mais tous étaient frappés par la réduction des niveaux de consommation, de financement, de production, de sous-traitance. Et le fisc continua à prélever comme aux plus beaux jours. Jusqu’aux désarmorçages. L’inertie de la machine a pu donner l’impression que l’économie nationale résistait mieux que d’autres.
La plongée en apnée financière et commerciale a produit les effets que chacun connaît sur la survie des entreprises, sur l’emploi, sur le chômage, sur la croissance, sur le « mental » de la société comme disent les dirigeants sportifs.
Les branches des marronniers frémissent-elles ? Ce sont des petits vents qui les agitent.
Les entreprises s’organisent mais différemment. Elles augmentent la production à moyens constants. Elles sont gênées par des goulets de production qu’elles s’efforcent de résorber. Si croissance il y a, elle est faible et ne peut résulter que des commandes et des capacités de production présentes.
Un chef d’entreprise n’est pas un macro-économiste. Il regarde l’économie par son bout de la lorgnette, laquelle comporte une grande diversité d’oculaires. Pour lui, c’est une énormité de croire et de dire que l’emploi ne se développe pas parce que la croissance est trop faible. Il sait que la croissance augmentera s’il recrute. Pour recruter, il attend que le vent de la consommation s’établisse. La croissance suivrait, produite par les nouveaux embauchés.
Pour rester dans une analogie aérodynamique, on pourrait dire que deux conceptions de l’économie s’opposent.
L’une voit l’entreprise comme un moulin à vent, l’autre l’assimile à un ventilateur !
Il faut du vent pour qu’une éolienne produise de l’énergie. Il faut lui donner de l’énergie pour produire du vent. Coupler un ventilateur et un moulin à vent nécessite de ne pas se tromper sur la séquence de démarrage, ni sur la régulation, ni sur le sens de rotation.
Les préposés à la direction de notre grande machinerie politico-administrative sont déphasés. Ils veulent du vent pour souffler dans la voile de leurs œuvres présentes.
Les chefs d’entreprises sont en avance de phase. Ils savent qui fait tourner la manivelle.
Les écoles, petites et grandes, devraient enseigner l’art de concevoir et fabriquer des arbres-ventilateurs. Et promouvoir le sport de les mouvoir.
Tout est relatif dit Einstein. Et« Il y a un temps pour toute chose », dit l’Ecclésiaste.
Mais est-ce dans l’air du temps ? Pour qui médite et boit frais, à l’ombre des marronniers.

Pierre Auguste

Le 17 février 2010