Editos - Conjoncture politique

 

GOUVERNANCE ET MANAGEMENT.
ENTRE SUBSIDIARITÉ ET UNIVERSALITÉ

« L’homme est un animal social » disait Aristote. (384-322 av. JC). Son maître Platon (428-348) lui avait déjà enseigné quelques vérités qui n’ont pas vieilli :

  • "Ce qui donne naissance à la société, c'est l'impuissance où chaque homme se trouve de se suffire à lui-même, et le besoin qu'il éprouve de beaucoup de choses. La multiplicité de ses besoins a réuni dans une même habitation plusieurs hommes en vue de s'entraider: et nous avons donné à cette société le nom d'état.
  • « L'excès de liberté ne peut tourner qu'en excès de servitude pour un particulier aussi bien que pour un état.  »

Comme les Grecs, qui nous ont tant appris, nous avons oublié ces sages avis.

Nous excellons à donner des noms à ce qui déjà fondait leur antique république. L’autonomie, l’autarcie, l’indépendance ont été progressivement érigées en « subsidiarité ». Ces mots reviennent à tout propos quand il est question de l’Europe et des organisations supranationales mises à mal par l’absence d’autorité.

Les us et costumes, les techniques et les objets de notre industrie, nous différencient de nos prédécesseurs. Résumons. Nous avons adopté l’alphabet grec pour faire des mathématiques. Hormis quelques déphasés, nous avons abandonné l’himation grecque devenue toge romaine. Nous préférons les braies gauloises et les justaucorps plus adaptés à la vie active sous nos latitudes que des vêtements plus amples ou plus légers.

La mondialisation a ouvert portes et fenêtres. Plus que jamais l’individu et la « société des nations » cohabitent dans la pluralité et l’universalisation des structures. Familles, tribus, communautés, régions, pays, fédérations, confédérations, alliances, entremêlent des liens plus ou moins apparents, plus ou moins permanents, plus ou moins assumés.

Issue de la politique, la subsidiarité pénètre maintenant la gestion des entreprises.

La prendre à ce niveau permet d’ailleurs de donner un contenu concret à ce concept, de l’élever du particulier au général pour que la partie éclaire le tout.

Face à la concurrence universelle, les entreprises ne peuvent se cantonner dans les seuls impératifs quantitatifs. Pour subsister elles doivent élargir leur clientèle, satisfaire la diversité des attentes, des goûts, des exigences de qualité. La multitude des besoins, des produits et des techniques, la dispersion géographique des clients, imposent plus de variété des qualifications du personnel, plus de mixité des organisations.

Cette évolution ne saurait être sans conséquence sur la conception et la pratique du management et l’exercice des responsabilités à tous les niveaux des structures.

Le chef ne doit plus se contenter d’être omniscient et omniprésent. Il doit être capable de s’appuyer sur le savoir-faire, l’élan, les initiatives, les talents de tous les individus qui concourent au fonctionnement de l’entreprise. Non seulement pour l’exécution mais aussi pour la préparation des décisions stratégiques et la détermination des objectifs.

En vertu du principe de subsidiarité les autorités hiérarchiques doivent s’interdire toutes interventions et toutes ingérences non nécessaires.

Il s’agit d’habituer et d’habiliter chacun à prendre, dans son domaine, toute initiative. À condition qu’elle soit bonne ! Et n’empiète pas sur les domaines voisins, reste dans le cadre des objectifs, n’obère pas l’image et la responsabilité juridique de l’entreprise ni le volume, la qualité, les coûts et les délais de production. C’est par l’exemple et le jugement de chacun que se dirige aujourd’hui l’entreprise et se conduit la politique.

Depuis la nuit des temps l’homme politique est partagé entre le soin de son pré carré et la tentation de maîtriser le destin des autres. Il na jamais su trouver un juste milieu.

Il est désormais essentiel de choisir le niveau le mieux placé pour résoudre chaque problème. Subsidiarité et universalité sont deux lampions qui devraient guider la vertu nécessaire pour fonder une République Universelle. Dans un nouveau siècle des lumières.

Mais hélas…

« Une république n'est point fondée sur la vertu ; elle l'est sur l'ambition de chaque citoyen, qui contient l'ambition des autres. »Voltaire. (1694-1778)

Pierre Auguste
Le 6 juin 2012