Editos - Emploi

EXEMPLE DE L’AUTOMOBILE. 2-Genèse d’un produit mythique

 

 

Un véhicule automobile est fait pour un certain usage. Il doit être construit, vendu et donc acheté. Mais ces truismes sont un peu courts pour définir la chose. Georges Pompidou, qui aurait aujourd’hui 101 ans, avait très tôt ressenti que la voiture est un objet mythique. Il mit en déroute les précurseurs de la mystique anti-bagnole qui s’opposaient à la voie…Georges Pompidou.: « Cessez d’emmerder les Français, les Français aiment la bagnole. »

L’automobile a été chargée plus que nul baudet n’a pu l’être. Ce moyen de transport est instrument de travail, bureau ou logement nomades, marchandise utilitaire ou produit de luxe, « centre de profit fiscal », générateur d’emploi, engin meurtrier, source de pollution, gouffre à pétrole et à budgets, générateur d’encombrement des voies publiques et des sous-sols. Elle est devenue objet d’adoration ou de haine de ceux qui voudraient avoir le monopole de son usage. Arrière manants, laissez passer mon éminence !

La bagnole a une position centrale dans notre société. Urbains, ruraux, rurbains, nul ne veut s’en passer. Ils ont l’embarras du choix entre la polyvalence et la spécialisation des véhicules, entre l’importance et la souplesse d’utilisation d’un parc familial diversifié. C’est ainsi qu’on massacre la voiture familiale dans des chemins rocailleux ou boueux, et que roulent en ville des « quatre-quatre » suréquipés

Pour satisfaire tant d’attentes, la créature a pris du poids, de la puissance, de la polyvalence, de la complexité, du prix…

Le temps de la « deux chevaux Citroën » est révolu : « L’increvable deuche » avait les ambitions de son époque : Quatre sièges sous un parapluie, quatre roues, un moteur, un volant. Et une jauge à tringle souple, consultable à l’arrêt.

L’électronique et l’informatique ont été embarquées pour réguler et surveiller le fonctionnement du moteur, de la climatisation, du freinage ; pour piloter, naviguer, communiquer…

La voiture est désormais un système complexe. Durant les études, les essais, les mises au point, il faut intégrer des ensembles et sous-ensembles qui y ajoutent les contraintes spécifiques de leur technologie et de leur production.

Conçu à neuf ou «  pris sur étagère », chaque élément doit arriver juste à temps au point voulu de la chaîne de montage. Chacun a son propre cycle de conception, de fabrication de contrôle, d’essai isolé, d’intégration et d’essai dans le sous-système dans lequel il est intégré. À titre d’exemple, un moteur peut avoir un délai de mise au point du même ordre de grandeur que celui de la voiture, la mise au point de la fabrication d’un pare-brise peut requérir dix-huit mois.

Il faut une planification et une organisation sans faille pour désigner fournisseurs, sous-traitants et équipementiers, donner à chacun les spécifications de sa fourniture afin de constituer un ensemble homogène dans ses techniques et ses performances.

Les matériels informatiques et les logiciels n’ayant pas encore été normalisés, comme ont pu l’être la visserie et la boulonnerie, leur compatibilité et les protocoles d’échange de données et la présentation des informations au conducteur nécessitent beaucoup de temps et d’attention. Dans ces domaines, l’automobile profite des avancées de l’aéronautique mais ne peut se dispenser d’en adopter aussi la rigueur, cette mal-aimée !

De même, l’accessibilité et la maintenance de chaque élément doivent être définies le plus en amont possible. La définition de la maintenance et des moyens qui lui sont nécessaires est désormais partie intégrante de la définition du matériel.

Cela peut paraître paradoxal mais l’après vente commence avant la production !

Objet de rêve, l’automobile est souvent choisie selon des critères qui défient toute rationalité et sont soumis à des modes comme la couleur et l’allure de la robe. Et voilà qu’il faudra, une nouvelle fois, préparer le cheval-vapeur à s’affourrager autrement !

Les Phaéton qui nous dirigent critiquent étourdiment l’automobile et son industrie, qui pourtant les nourrissent. Ils seraient mieux inspirés d’en pratiquer les méthodes pour améliorer la compétitivité de notre économie…et la sobriété du char de l’état !

 

 

Pierre Auguste

Le 8 août 2012